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Découvrez l'exposition "Inventons les villes et les territoires de demain". Les scientifiques de l'Université Gustave Eiffel viennent à la rencontre des collégiennes et des collégiens.

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Imaginer une ville où il fait bon vieillir

Regards croisés

Entretien avec Luciana Castro Gonçalves, enseignante-chercheuse spécialiste de l’innovation collaborative à ESIEE Paris ; Sylvie Dhalleine, ex-directrice de la Maison des Ainés et des Aidants Paris Ouest.

Pourquoi s’intéresser aux représentations des seniors de la ville inclusive du futur ?

Luciana Castro Gonçalves : avec CAPACité notre ambition était d’apporter des éléments de réponses à l’enjeu sociétal du bien vieillir qui est un « problème pernicieux ». Tout comme le changement climatique, c’est une problématique complexe, évolutive et multidimensionnelle qui ne peut être résolue par une réponse unique et définitive. S’intéresser aux représentations des seniors de la ville inclusive permet d’identifier des solutions nouvelles mieux adaptées aux besoins et perspectives de toutes les générations.

Sylvie Dhalleine : le partage de la ville, son accessibilité et son inclusivité doivent devenir de véritables sujets de discussion car aujourd’hui les villes ne sont pas adaptées aux personnes « en difficultés ». Les trottoirs dégradés, les voies de circulation mixtes, les mobiliers urbains - tels que les toilettes publiques ou les bancs - insuffisants, ou encore les transports en commun inaccessibles sont autant d’obstacles à l’inclusivité des villes. En plus d’une ville accessible, les seniors souhaitent également une ville moins dense, plus sûre, avec une proximité des services quotidiens et des espaces qui leur sont dédiés.

L’enjeu de la ville inclusive c’est la lutte contre l’isolement dont les conséquences sont nombreuses, notamment sur la santé des personnes âgées. Il génère un risque de dépression, de « glissement » des personnes - addiction, syndrome de Diogène, incurie… - et augmente même les risques de mortalité précoce.

 

Les villes ne sont pas adaptées aux personnes en difficulté.

Quels ont été les apports de la société civile dans CAPACité ?

Luciana Castro Gonçalves : les personnes âgées sont méfiantes. Nos partenaires nous ont d’abord permis d’accéder à ce public et de les rassurer sur notre action de recherche. Ils nous ont aussi apporté un véritable savoir sur les terrains de recherche ainsi que sur les seniors et le bien vieillir en ville. Leurs connaissances ont contribué à structurer le projet, en particulier les entretiens individuels. Ils ont notamment souligné l’importance de s’intéresser au parcours de vie des personnes. Par exemple, une personne qui a beaucoup voyagé n’a pas la même façon de se représenter le vieillissement qu’une personne qui a eu peu de mobilité dans sa vie. Ce sont également nos partenaires qui ont suggéré d’explorer l’approche genrée, l’un des facteurs que nous souhaitons approfondir à l’avenir. 

Quel bilan tirez-vous de ce projet commun ?

Sylvie Dhalleine : c’est un projet que j’aimerais voir reconduit car il a permis de donner la parole aux personnes âgées sur un sujet qui les concerne directement. Cela arrive rarement alors qu’ils sont d’une richesse incroyable. J’espère que les réflexions apportées par CAPACité seront prolongées : le regard de la recherche est important si l’on veut améliorer les conditions de vie des seniors.

Luciana Castro Gonçalves : nous comprenons mieux aujourd’hui comment le vieillissement est perçu par les personnes âgées. Il n’y a d’ailleurs pas un seul vieillissement mais plusieurs selon le parcours de vie, l’attachement à la ville, la participation ou non à des activités, le genre, l’âge… Le projet nous a aussi permis d’adapter l’approche du design thinking aux seniors en identifiant les facteurs qui facilitent leur participation au processus de co-construction de l’innovation. C’est un champ de recherche du management de l’innovation trop peu exploré. Nous observons par exemple que leur capacité à apporter des solutions semble être plus prononcée dans le cadre de l’atelier intergénérationnel avec des étudiants.

En savoir plus sur les porteuses du projet

Sylvie Dhalleine

Ex-directrice de la Maison des Ainés et des Aidants (M2A) Paris Ouest, Sylvie Dhalleine s’occupe désormais du territoire Nord-Est de Paris. Les M2A ont pour rôle d’informer, orienter et accompagner les personnes âgées en perte d’autonomie et/ou en situation de handicap et leurs aidants. Également dispositif d’appui à la coordination (DAC), elles viennent en appui aux professionnels de santé, sociaux et médico-sociaux faisant face à des situations complexes liées notamment à des personnes cumulant diverses difficultés.

Luciana Castro Gonçalves

Enseignante-chercheuse en Management de l’innovation à ESIEE Paris, Luciana Castro Gonçalves travaille sur l'innovation collaborative au sein de l’Institut de Recherche en Gestion (Université Gustave Eiffel / Université Paris-Est Créteil). Elle est également co-responsable de la session permanente sur Innovation ouverte à EURAM et du groupe de recherche RINNODI (Réseau en Innovation et Dynamiques Internationales).