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Si la Seine nous était contée

Regards croisés

Entretien avec Youssef Diab, professeur de Génie urbain à l'Université Gustave Eiffel, membre du Lab’URBA et directeur scientifique à l'EIVP ; Bernard Landau et Bénédicte Goussault, respectivement président et adhérente de l’association La Seine n’est pas à vendre (SPAV).

Comment s’est construit le projet La Seine en commun ?

Youssef Diab : La question de la mobilité et de l’accessibilité à la Seine est très présente dans nos recherches et nous l’étudions principalement sur la base de cartes d’ingénieurs ou de cartes de risques. Lorsqu’une collègue nous a parlé des cartes sensibles, outil que nous ne connaissions pas, il nous a semblé que l’étude des interactions entre les cartes techniques et les cartes des habitants pouvait être intéressante. Le projet s’est construit sur cette idée : voir si les deux approches sont complémentaires ou contradictoires.

Bernard Landau : Recueillir la parole de celles et ceux qui habitent le long du fleuve suppose tout d’abord de les réunir dans un cadre suffisamment structuré pour donner une légitimité aux partenaires et aux personnes invitées aux ateliers que nous voulions organiser. La valeur ajoutée de la SPAV était d'avoir des contacts. Nous avions en tête quelques villes qui correspondaient aux critères que nous avions retenus mais la difficulté a été de trouver les partenaires locaux avec lesquels il serait possible d’organiser ces ateliers et de définir les modalités d’information de la population.

Nous n’avions pas prévu des récits d’une telle richesse.

Que retenez-vous de cette expérience ?

Bénédicte Goussault : Nous n’avions pas prévu des récits d’une telle richesse. Après avoir dessiné, les participants avaient envie d'expliquer ce qu’ils avaient fait et ont énormément parlé. Leurs témoignages étaient nourris et élaborés. Cela tend à démontrer qu’il est difficile d’aborder ce type de sujet sans la participation des citoyens, et que le duo chercheurs-associations est indispensable dès qu’il s’agit de mener une recherche participative.

Bernard Landau : C’est un point très important car l’accompagnement d'une conscience collective et d'une appropriation du fleuve ne peut se faire que s'il y a une adhésion à un récit, à une pratique des riverains et des habitants. J’en suis persuadé et je crois que ce type de démarche contribue à fabriquer les différents récits, ceux des chercheurs, des décideurs et des habitants.

Youssef Diab : Sur le plan scientifique, cela nous a permis de découvrir les cartes sensibles, dont nous ne cessons de mesurer l'utilité des concepts qu’elles portent. Ensuite, nous avons mis le doigt sur les difficultés méthodologiques qui peuvent apparaître dans ce type de réflexion, non parce qu’il implique chercheurs et monde associatif, mais du fait des enjeux qui y sont liés en termes techniques et sociaux. La question qui a émergé est : comment marier ces deux aspects afin qu’ils participent à l'aide à la décision pour les élus ? Ceux-ci ne peuvent pas se contenter de cartes de géographes ou d’aménageurs. Il faut impliquer davantage les habitants, pas uniquement autour des concertations imposées par la loi, mais plutôt, en amont, sur la perception qu’ils ont de leur territoire.

En savoir plus sur les porteurs du projet

Youssef Diab

Après un diplôme d’ingénieur en Génie civil et urbain à l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE), Youssef Diab passe un doctorat en Génie civil à l’Institut national des sciences appliquées de Lyon (INSA Lyon) puis obtient une habilitation à diriger des recherches à l’Université Savoie Mont Blanc. Professeur des universités en Génie urbain à l'Université Gustave Eiffel, ainsi que responsable des chaires et de la prospective à l'École des Ingénieurs de la Ville de Paris (EIVP) - après y avoir été directeur scientifique entre 2005 et 2020 -, Youssef Diab est l’auteur de plus d’une centaine d’articles, publiés dans des revues spécialisées ou présentées lors de conférences internationales, sur l’aménagement durable et le génie urbain.  

 

 

Bernard Landau

Architecte de formation, Bernard Landau a enseigné pendant 18 ans à l’École d’Architecture de la Ville et des Territoires (Éav&t). En 1987, il intègre la Direction de la voierie de la Ville de Paris où il est en charge de la division architecture, avant de rejoindre la Direction de l’Aménagement urbain à la tête du Service de l’Espace public et du Mobilier urbain. Nommé en 2002 sous-directeur de la Coopération territoriale, il sera, à partir de 2009 et jusqu’à son départ à la retraite, adjoint de la Directrice de l’Urbanisme. Auteur de nombreux ouvrages consacrés à l’histoire des villes et à l’urbanisme, il publie en février 2018, avec plusieurs personnalités du monde de l’architecture dont le philosophe Thierry Paquot, une tribune dans le journal Libération contre un projet d’aménagement de la Ville de Paris, et crée dans la foulée l’association La Seine n’est pas à vendre dont il est le président.